3èmes déportations et
liquidations 1944-1953: soviétiques.
Tous les territoires qui furent attribués à
l'URSS par le Pacte Ribbentrop-Molotov du 23 août 1939 subirent,
dès leur occupation, des déportations et des liquidations
soviétiques, puis nazies et de nouveau soviétiques (les Etats
Baltes dès juillet 1940, l'est de la Pologne dès septembre
1939 et la Bessarabie dès juillet 1940).
Sans le Pacte entre ces deux puissances totalitaires, nazie et communiste,
il n'y aurait pas eu d'occupations, de déportations et de
liquidations dans ces états.
2èmes déportations et liquidations
1941-1945: nazies.
L'Allemagne nazie attaqua l'URSS le 22 juin 1941. La
désorganisation soviétique permit une avance rapide des
forces nazies qui entrent à Riga dès le 1er juillet 1941.
Directement derrière le front, des forces de police, souvent
dirigées par des allemands baltes rapatriés ou des anciens
des "corps francs", organisèrent la sécurité, la
répression et les liquidations.
Il est fort difficile de se faire une idée précise sur ce
qui se passa dans les zones proches du front dans l'espace et dans le
temps. Ce sont des zones traditionnellement de non-droit où les
exécutions sommaires pour "délit de sale gueule" sont
nombreuses.
L'holocauste des juifs de Lettonie eut lieu à 90% dans les 6
premiers mois de l'occupation allemande (juillet-décembre 1941).
Les ordres de liquidation des juifs mentionnent encore 3 catégories
à éliminer: les Tsiganes, les communistes (plus
précisément les commissaires politiques, les lettons ou les
partisans) et les aliénés.
Sur environ 4'000 Tsiganes, 2'000 auraient été
liquidés. Mais si la liquidation des juifs fut en avance sur les
ordres de Berlin, celle des tsiganes semble faire l'objet de retards et
d'exceptions: Certains pouvoirs locaux n'exécutent pas les ordres
(ce qui aurait été durement sanctionné dans le cas
de juifs) ou convertissent les tsiganes en sédentaires qui sont
tolérés. Source: Mazâkumtautėbu vèsture
Latvijâ (ouvage collectif sur l'histoire des minorités en
Lettonie), p.200, Ed. Zvaigzne ABC, Rėgâ 1998
On estime à 60'000 les victimes de l'holocauste et à 30'000
les autres liquidations nazies.
Nous vous renvoyons à "The holocauste in Latvia
1941-1944" de A.Ezergailis, historien
letton-américain, qui fait le point de
l'Holocauste en Lettonie, analysant et confrontant une large documentation.
Il évalue, en particulier, les documents qu furent publiés
par les soviétiques par rapport à ceux qui restèrent
non-publiés.
Résumé:
Avant 1914, on n'a pas connaissance de pogroms ou de profanation de
synagogues sur le territoire de la Lettonie. La lutte des juifs pour les
droits civils fut parallèle à celle des lettons et s'adressa
au pouvoir local allemand balte et au pouvoir central impérial
russe: ce fut particulièrement vrai pendant la Révolution de
1905 où l'on peut parler de collaboration entre les
Sociaux-démocrates lettons et le Bund.
La Constitution de 1922 donna les mêmes droits à tous les
citoyens. La Lettonie semble avoir été le premier Etat
européen à donner des droits spécifiques larges aux
minorités: il y eut des écoles publiques en hébreu et
en yiddish; 4 partis politiques juifs furent représentés
à la Saeima. Pendant la période de l'indépendance et
jusqu'à l'occupation soviétique, il n'y eut aucune loi
anti-juive. Des juifs transitèrent ou trouvèrent refuge en
Lettonie même après la fermeture aux juifs des
frontières de beaucoup d'Etats, y compris celles de la Suède.
La dictature d'Ulmanis supprima sans distinction tous les partis et une
grande partie de la presse: il ne s'agit pas de mesures strictement
anti-juives.
Des tensions ont existé, mais ne semblent pas avoir atteint le
niveau de la France d'avant-guerre et on ne peut pas parler d'une
société saturée par l'antisémitisme. Les
allemands, après sept siècles de pouvoir féodal,
étaient nettement la minorité la plus mal-aimée dans
l'entre-deux-guerres.
Le régime soviétique de 1940 ferma les écoles et les
institutions sociales et religieuses juives, comme celles des autres
minorités. Environ 4-5'000 juifs figurent parmi les 35'000 lettons
qui furent liquidés ou déportés en Sibérie
pendant cette première occupation soviétique. Ils
représentaient l'image du juif exploiteur capitaliste.
La propagande nazie imposa l'image du juif tchékiste
bolchevique responsable des liquidations et des déportations
soviétiques. Cet amalgame commença dès avant le 1
juillet 1941, jour de l'arrivée des troupes allemandes à
Riga, soit moins de 15 jours après les déportations
soviétiques du 13-14 juin.
A.Ezergailis insiste sur le nombre de questions qui restent ouvertes et en
particulier sur le manque d'informations sur ce qui s'est passé en
dehors des grandes villes.
91% des juifs lettons, qui restaient en Lettonie au moment de l'occupation
nazie, furent exécutés, soit 60'000 sur 66'000. Leur
liquidation advint presque entièrement dans les 6 premiers mois de
l'occupation nazie. Juillet-septembre: 30'000 tués, création
d'un ghetto fin octobre, puis en 2 jours, le 30 novembre et le 8
décembre 25'000 juifs furent exécutés. C'était
avant le Protocole de Wannsee du 20 janvier 1942.
Les soviétiques estimaient à 250'000 les juifs,
principalement germaniques, qui furent transférés en
Lettonie. A.Ezergailis n'a trouvé des preuves que pour 22'000
d'entre eux et estime, d'une part, que les soviétiques auraient du
retrouvé des traces de transferts et d'exécutions de cette
envergure, et d'autre part, que la taille et le caractère des camps
de concentration en Lettonie ne permettent pas une erreur d'estimation d'un
facteur 10. 10'000 d'entre eux furent exécutés entre novembre
1941 et 1944. Un nombre indéterminé fut convoyé
vers les camps d'extermination en Pologne et un groupe périt dans
les marches de la mort vers le Reich à la fin de la guerre.
A.Ezergailis estime que 5'000 survécurent.
Recensés comme juifs en Lettonie:
| 1897
|
142'315
|
|
|
| 1914
|
185'000
|
|
|
| 1925
|
95'500
|
|
|
| 1935
|
93'479
|
|
|
| 1939
|
86'000
|
|
|
| 1940-41
|
|
5'000
|
déportés en Sibérie
|
|
|
|
15'000
|
réfugiés en URSS
|
| 1941 juillet
|
66'000
|
|
|
| juil.-sept
|
|
30'000
|
exécutés
|
| oct.-dec.
|
|
25'000
|
exécutés
|
| 1942
|
|
5'000
|
exécutés
|
A.Ezergailis analyse longuement et en détail le rôle des
allemands et celui des lettons dans ces liquidations.
La propagande nazie (la radio de Koenigsberg, puis les médias en
Lettonie) imposa l'image du juif tchékiste bolchevique
responsable des liquidations et des déportations soviétiques.
Les allemands imposèrent la loi martiale pendant de longues semaines,
mais tentèrent, dans les premiers jours, sans succès, de
provoquer des pogroms. Ils recrutèrent des unités de police
auxiliaire lettone. Les synagogues de Riga furent brûlées par
les allemands et des supplétifs lettons.
A.Ezergailis arrive à la conclusion que, pratiquement, toutes les
exécutions se firent, soit par les allemands (SD, Wehrmacht), soit
par le groupe Arajs ou une partie des unités auxiliaires lettones
(principalement utilisées pour garder des points stratégiques
ou contre les partisans près du front également hors de
Lettonie) sous les ordres des allemands. La police locale lettone
arrêta les juifs, les regroupa et les emprisonna. Les unités
lettones gardèrent le ghetto et convoyèrent les juifs vers
les lieux d'exécution.
Les instructions nazies étaient de ne laisser aucune trace
("allerdings spurenlos"). En particulier des executions directement
à l'arrière du front pouvaient être camouflées.
Le secret fut bien gardé, car l'information ne fut connue en
Suède qu'à la fin 1942.
Source:
EZERGAILIS Andrew, The Holocaust in Latvia 1941-1944, The
Historical Institute of Lavia, Riga 1996, p.465, published in association
with the United States Holocaust Memorial Museum, Washington D.C.
Résumé et traduction A.Reinhards.
GILBERT Martin , Jewish History Atlas, 3rd Edition 1988,
Weidenfeld & Nicolson, Londres 1969, p.128.
Night and Fog 7 décembre 1941.
Wannsee Protocol 20 janvier 1942.
Commentaires:
Hitler se serait définitivement déterminé pour
l'extermination des juifs en décembre 1941, lorsque 90% des juifs
de Lettonie avaient déjà été exécutés..
En 1939-41, quelques 250-350'000 juifs firent partie des 1'500'000
polonais déportés par les soviétiques de la Pologne
orientale vers la Sibérie. 400-800'000 déportés
auraient succombé dans les 2 premières années.
Source:
Stephane Meylac,"Il y a cinquante ans, les déportations
de masse en Pologne orientale", Le Monde du 28 mai 1990.
Le "Jewish Daily Forward" des 30 juin et 7 juillet 1946, cité
dans "Le livre noir du communisme", p.351, Robert Laffont, Paris 1997,
estime à 400'000 les juifs polonais morts en déportation en
URSS et à 150'000 ceux qui purent rentrer en Pologne après
la guerre.
L'analyse du procès de membres du bat.de police auxiliaire 21.
(juillet 1972-septembre 1973 en Lettonie) jette le doute sur la
culpabilité des 9 condamnés à mort et des 14
condamnés à 15 ans: en effet on accuse une unité,
créée et formée en février 1942, du massacre
de décembre 1941 à Skede.
Source:
Ezergailis, "Kara noziegumi prokurora Viktora Busses stilà"
DIENA 01.12.1997.
90-95% des lettons, qui firent partie des diverses forces allemandes,
furent mobilisés illégalement
à partir du 27 février 1943. La Légion lettone des
"volontaires SS" fut crée le 10 février 1943.
Source:
Latvju enciklopedija, vol.14.
p.1290, éd.Tris Zvaigznes, Stockholm 1951.
Ansis Reinhards, Suisse Romande, 15 octobre 1997,
Mise à jour: 12 novembre 1999
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