LETTONIE - RUSSIE, Traités et documents de base

  • Mouvements de populations en Lettonie 1939-1955
  • 1ères déportations et liquidations 1940-1941: soviétiques.
  • 2èmes déportations et liquidations 1941-1945: nazis. Holocauste
  • 3èmes déportations et liquidations 1944-1953: soviétiques.

  • Tous les territoires qui furent attribués à l'URSS par le Pacte Ribbentrop-Molotov du 23 août 1939 subirent, dès leur occupation, des déportations et des liquidations soviétiques, puis nazies et de nouveau soviétiques (les Etats Baltes dès juillet 1940, l'est de la Pologne dès septembre 1939 et la Bessarabie dès juillet 1940).

    Sans le Pacte entre ces deux puissances totalitaires, nazie et communiste, il n'y aurait pas eu d'occupations, de déportations et de liquidations dans ces états.


    2èmes déportations et liquidations 1941-1945: nazies.

    L'Allemagne nazie attaqua l'URSS le 22 juin 1941. La désorganisation soviétique permit une avance rapide des forces nazies qui entrent à Riga dès le 1er juillet 1941. Directement derrière le front, des forces de police, souvent dirigées par des allemands baltes rapatriés ou des anciens des "corps francs", organisèrent la sécurité, la répression et les liquidations.

    Il est fort difficile de se faire une idée précise sur ce qui se passa dans les zones proches du front dans l'espace et dans le temps. Ce sont des zones traditionnellement de non-droit où les exécutions sommaires pour "délit de sale gueule" sont nombreuses.

    L'holocauste des juifs de Lettonie eut lieu à 90% dans les 6 premiers mois de l'occupation allemande (juillet-décembre 1941).

    Les ordres de liquidation des juifs mentionnent encore 3 catégories à éliminer: les Tsiganes, les communistes (plus précisément les commissaires politiques, les lettons ou les partisans) et les aliénés.

    Sur environ 4'000 Tsiganes, 2'000 auraient été liquidés. Mais si la liquidation des juifs fut en avance sur les ordres de Berlin, celle des tsiganes semble faire l'objet de retards et d'exceptions: Certains pouvoirs locaux n'exécutent pas les ordres (ce qui aurait été durement sanctionné dans le cas de juifs) ou convertissent les tsiganes en sédentaires qui sont tolérés. Source: Mazâkumtautėbu vèsture Latvijâ (ouvage collectif sur l'histoire des minorités en Lettonie), p.200, Ed. Zvaigzne ABC, Rėgâ 1998

    On estime à 60'000 les victimes de l'holocauste et à 30'000 les autres liquidations nazies.


    L'Holocauste en Lettonie.

    Nous vous renvoyons à "The holocauste in Latvia 1941-1944" de A.Ezergailis, historien letton-américain, qui fait le point de l'Holocauste en Lettonie, analysant et confrontant une large documentation. Il évalue, en particulier, les documents qu furent publiés par les soviétiques par rapport à ceux qui restèrent non-publiés.

    Résumé:

    Avant 1914, on n'a pas connaissance de pogroms ou de profanation de synagogues sur le territoire de la Lettonie. La lutte des juifs pour les droits civils fut parallèle à celle des lettons et s'adressa au pouvoir local allemand balte et au pouvoir central impérial russe: ce fut particulièrement vrai pendant la Révolution de 1905 où l'on peut parler de collaboration entre les Sociaux-démocrates lettons et le Bund.

    La Constitution de 1922 donna les mêmes droits à tous les citoyens. La Lettonie semble avoir été le premier Etat européen à donner des droits spécifiques larges aux minorités: il y eut des écoles publiques en hébreu et en yiddish; 4 partis politiques juifs furent représentés à la Saeima. Pendant la période de l'indépendance et jusqu'à l'occupation soviétique, il n'y eut aucune loi anti-juive. Des juifs transitèrent ou trouvèrent refuge en Lettonie même après la fermeture aux juifs des frontières de beaucoup d'Etats, y compris celles de la Suède. La dictature d'Ulmanis supprima sans distinction tous les partis et une grande partie de la presse: il ne s'agit pas de mesures strictement anti-juives.

    Des tensions ont existé, mais ne semblent pas avoir atteint le niveau de la France d'avant-guerre et on ne peut pas parler d'une société saturée par l'antisémitisme. Les allemands, après sept siècles de pouvoir féodal, étaient nettement la minorité la plus mal-aimée dans l'entre-deux-guerres.

    Le régime soviétique de 1940 ferma les écoles et les institutions sociales et religieuses juives, comme celles des autres minorités. Environ 4-5'000 juifs figurent parmi les 35'000 lettons qui furent liquidés ou déportés en Sibérie pendant cette première occupation soviétique. Ils représentaient l'image du juif exploiteur capitaliste.

    La propagande nazie imposa l'image du juif tchékiste bolchevique responsable des liquidations et des déportations soviétiques. Cet amalgame commença dès avant le 1 juillet 1941, jour de l'arrivée des troupes allemandes à Riga, soit moins de 15 jours après les déportations soviétiques du 13-14 juin.

    A.Ezergailis insiste sur le nombre de questions qui restent ouvertes et en particulier sur le manque d'informations sur ce qui s'est passé en dehors des grandes villes.

    91% des juifs lettons, qui restaient en Lettonie au moment de l'occupation nazie, furent exécutés, soit 60'000 sur 66'000. Leur liquidation advint presque entièrement dans les 6 premiers mois de l'occupation nazie. Juillet-septembre: 30'000 tués, création d'un ghetto fin octobre, puis en 2 jours, le 30 novembre et le 8 décembre 25'000 juifs furent exécutés. C'était avant le Protocole de Wannsee du 20 janvier 1942.

    Les soviétiques estimaient à 250'000 les juifs, principalement germaniques, qui furent transférés en Lettonie. A.Ezergailis n'a trouvé des preuves que pour 22'000 d'entre eux et estime, d'une part, que les soviétiques auraient du retrouvé des traces de transferts et d'exécutions de cette envergure, et d'autre part, que la taille et le caractère des camps de concentration en Lettonie ne permettent pas une erreur d'estimation d'un facteur 10. 10'000 d'entre eux furent exécutés entre novembre 1941 et 1944. Un nombre indéterminé fut convoyé vers les camps d'extermination en Pologne et un groupe périt dans les marches de la mort vers le Reich à la fin de la guerre. A.Ezergailis estime que 5'000 survécurent.

    Recensés comme juifs en Lettonie:

    1897 142'315
    1914 185'000
    1925 95'500
    1935 93'479
    1939 86'000
    1940-41 5'000 déportés en Sibérie
    15'000 réfugiés en URSS
    1941 juillet 66'000
    juil.-sept 30'000 exécutés
    oct.-dec. 25'000 exécutés
    1942 5'000 exécutés

    A.Ezergailis analyse longuement et en détail le rôle des allemands et celui des lettons dans ces liquidations. La propagande nazie (la radio de Koenigsberg, puis les médias en Lettonie) imposa l'image du juif tchékiste bolchevique responsable des liquidations et des déportations soviétiques. Les allemands imposèrent la loi martiale pendant de longues semaines, mais tentèrent, dans les premiers jours, sans succès, de provoquer des pogroms. Ils recrutèrent des unités de police auxiliaire lettone. Les synagogues de Riga furent brûlées par les allemands et des supplétifs lettons.

    A.Ezergailis arrive à la conclusion que, pratiquement, toutes les exécutions se firent, soit par les allemands (SD, Wehrmacht), soit par le groupe Arajs ou une partie des unités auxiliaires lettones (principalement utilisées pour garder des points stratégiques ou contre les partisans près du front également hors de Lettonie) sous les ordres des allemands. La police locale lettone arrêta les juifs, les regroupa et les emprisonna. Les unités lettones gardèrent le ghetto et convoyèrent les juifs vers les lieux d'exécution.

    Les instructions nazies étaient de ne laisser aucune trace ("allerdings spurenlos"). En particulier des executions directement à l'arrière du front pouvaient être camouflées. Le secret fut bien gardé, car l'information ne fut connue en Suède qu'à la fin 1942.

    Source:

  • EZERGAILIS Andrew, The Holocaust in Latvia 1941-1944, The Historical Institute of Lavia, Riga 1996, p.465, published in association with the United States Holocaust Memorial Museum, Washington D.C. Résumé et traduction A.Reinhards.
  • GILBERT Martin , Jewish History Atlas, 3rd Edition 1988, Weidenfeld & Nicolson, Londres 1969, p.128.
  • Night and Fog 7 décembre 1941.
  • Wannsee Protocol 20 janvier 1942.


    Commentaires:
  • Hitler se serait définitivement déterminé pour l'extermination des juifs en décembre 1941, lorsque 90% des juifs de Lettonie avaient déjà été exécutés..
  • En 1939-41, quelques 250-350'000 juifs firent partie des 1'500'000 polonais déportés par les soviétiques de la Pologne orientale vers la Sibérie. 400-800'000 déportés auraient succombé dans les 2 premières années. Source: Stephane Meylac,"Il y a cinquante ans, les déportations de masse en Pologne orientale", Le Monde du 28 mai 1990.
  • Le "Jewish Daily Forward" des 30 juin et 7 juillet 1946, cité dans "Le livre noir du communisme", p.351, Robert Laffont, Paris 1997, estime à 400'000 les juifs polonais morts en déportation en URSS et à 150'000 ceux qui purent rentrer en Pologne après la guerre.

  • L'analyse du procès de membres du bat.de police auxiliaire 21. (juillet 1972-septembre 1973 en Lettonie) jette le doute sur la culpabilité des 9 condamnés à mort et des 14 condamnés à 15 ans: en effet on accuse une unité, créée et formée en février 1942, du massacre de décembre 1941 à Skede. Source: Ezergailis, "Kara noziegumi prokurora Viktora Busses stilà" DIENA 01.12.1997.
  • 90-95% des lettons, qui firent partie des diverses forces allemandes, furent mobilisés illégalement à partir du 27 février 1943. La Légion lettone des "volontaires SS" fut crée le 10 février 1943. Source: Latvju enciklopedija, vol.14. p.1290, éd.Tris Zvaigznes, Stockholm 1951.
    Ansis Reinhards, Suisse Romande, 15 octobre 1997, Mise à jour: 12 novembre 1999
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